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Les problèmes à résoudre

Ces grandes avancées sociales cachent pourtant mal certains problèmes importants au sein de la société belge d’après-guerre. L’introduction du suffrage universel, de manière non-constitutionnelle, ne permet tout d’abord pas à l’ensemble des femmes belges de voter. Seules les veuves ou les mères de soldats tuées disposent de ce droit. Or, durant les quatre années d’occupation, les souffrances furent partagées indifféremment par les deux sexes. Un nombre significatif de femmes a également pris part aux mouvements de résistance, comme en témoignent tristement Edith Cavell et Gabrielle Petit. Pareille privation d’expression démocratique s’inscrit donc à contre-courant de la société belge d’après-guerre. Cependant, le 15 avril 1920, le droit de vote est accordé aux femmes pour les élections communales. Chose étonnante car ne disposant pas du droit de vote aux législatives, tout individu de sexe féminin, à l’exception des prostituées et des femmes adultères, peut également se faire élire à la Chambre et au Sénat. Marie Spaak-Janson, élue comme conseillère communale en 1921, devient ainsi la première sénatrice belge, élue suite au système de la cooptation. Il faudra attendre 1929 pour voir la première députée élue directement, la socialiste Lucie Dujardin. Durant l’entre-deux guerres, la condition de la femme n’évolue guère en Belgique. Il faudra attendre 1945 pour voir émerger des progrès significatifs.

Un autre problème posé aux responsables politiques de l’époque est l’épineux dossier de l’université flamande. Au cours du conflit, la question linguistique s’est fortement envenimée, suscitant les mouvements activistes et frontistes. Après-guerre, les activistes seront condamnés pour collaboration avec l’ennemi. Toutefois, le roi et de nombreux responsables politiques se rendent compte qu’il convient de donner satisfaction aux revendications flamandes légitimes. Dans son Discours du Trône, le souverain promet donc la création d’une université flamande à Gand. Mais l’atmosphère du pays n’y est pas favorable. Au Parlement, l’élite flamande reste encore largement francophone. Dans l’opinion publique, l’université flamande de Gand est toujours associée à “ l’université von Bissing ” et à la Flamenpolitik. Dès lors, seules quelques lois insuffisantes sont votées. Il faut attendre 1930 pour voir la promesse du roi se réaliser pleinement. Entre-temps la querelle linguistique s’approfondit. Les francophones confondent patriotisme et langue française, colportent des épithètes tels que “ flamboche ” et “ université von Bissing ”, ce qui a pour résultat de faire passer, aux yeux de certains Flamands, les activistes pour des martyrs de la cause flamande.

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