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Les massacres de civils

Dessin de Louis Raemaeckers, 1914-1918, dénonçant les massacres de civils en Belgique (collection du Musée royal de l'Armée, Bruxelles)

Le 4 août 1914, vers 8 heures du matin, la neutralité belge est violée. Les troupes du Kaiser foncent sur Liège où elles sont confrontées à une résistance militaire inattendue. Le dernier fort de Liège tombe le 16 août, tandis que ceux de Namur sont pris les 21 et 24 août. L’armée belge qui s’est repliée sur Anvers résiste jusqu’en octobre. Puis, elle se replie derrière l’Yser où, avec l’aide des Alliés, la progression allemande est arrêtée.


Durant cette période de guerre de mouvement quelque 6500 civils – dont des femmes et des enfants – sont massacrés par les troupes allemandes et plusieurs villes quasi totalement détruites. L’Allemagne considère ces tueries comme de justes représailles contre la présence de francs-tireurs et accuse le gouvernement belge d’avoir suscité une levée en masse.


Immédiatement, des voix se sont élevées en Belgique pour contester les accusations allemandes. En janvier 1915, un premier compte-rendu officiel paraît au Havre. Il sera suivi de nombreux rapports de la commission belge d’enquête sur la violation du Droit des gens en Belgique. Tandis que la propagande alliée qui elle aussi s’est emparée du sujet parle d’atrocités préméditées et révélatrices de la barbarie ontologique de l’ennemi.


L’Allemagne dépêche à son tour des enquêteurs sur le terrain et publie les résultats de ses recherches dans son fameux Livre Blanc du 10 mai 1915 qui consacre officiellement la thèse des francs-tireurs. En 1916, la Belgique répond par son Livre Gris. Durant toute la guerre, cette question restera un thème dominant de la propagande. Car l’enjeu de la Première Guerre mondiale n’est pas seulement économique ou politique, il est aussi et peut-être surtout moral.
À la fin de la guerre, la querelle n’est toujours pas close : elle se poursuivra durant l’entre-deux-guerres.

 En 1927, le Reichstag charge le professeur Meurer d’enquêter sur la conduite des soldats allemands durant l’invasion. Les conclusions de celui-ci, approuvées par le Parlement de Weimar, soutiennent sans hésitation la thèse du Livre Blanc. Ces thèses seront à nouveau réfutées par des écrivains belges, essentiellement en ce qui concerne Dinant et Louvain. En fait, il faudra attendre le XXIe  siècle pour que deux historiens, J. Horne et A. Kramer, fassent le point sur cette question.

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