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Liège et Namur : les forts de Brialmont

Pour se prémunir d’une éventuelle action militaire de l’Allemagne ou de la France et rendre inaccessible le sillon Sambre et Meuse, le gouvernement belge, sur base du projet du lieutenant-général Brialmont, décide en 1887 la construction d’un réseau de fortifications autour de Liège face à l’Allemagne et de Namur contre la France.

Réalisés en béton non armé, ces forts sont conçus pour résister à des impacts de projectiles de 210mm : à l’époque de la construction, on considère que des canons plus lourds ne peuvent être déplacés par voie terrestre… en 1914, les Allemands utiliseront des pièces allant jusqu’à un calibre de 420mm pour réduire les fortifications de Liège et Namur.

Au total, 21 forts sont construits de 1888 à 1891. La position fortifiée de Liège (PFL) compte 12 forts (6 grands et 6 petits) formant une ligne de défense éloignée de 7 à 9 kilomètres du centre de la ville. Les défenses namuroises de la PFN (position fortifiée de Namur) sont constituées de 9 forts (4 grands et 5 petits) situés à une distance variant entre 5 à 8 kilomètres du centre.

La PFL, sous les ordres du Lieutenant-Général Leman, est attaquée le 5 août par des forces allemandes supérieures en effectifs et en armement. Une première attaque de l’infanterie allemande contre le fort de Barchon est repoussée : l’artillerie lourde se voit alors confier la tâche de réduire les forts au silence tandis que les troupes allemandes tentent de s’infiltrer dans les intervalles entre les forts. Le 6 août, elles parviennent à Jupille d’où elles bombardent la ville qui tombe le lendemain.

La résistance belge retardant l’exécution de leur plan, les Allemands décident de faire usage de leurs pièces d’artillerie les plus lourdes : deux obusiers de 420 mm connus sous le nom de Gross Bertha dont les projectiles pèsent 796 kg chacun. Le fort de Pontisse subit le premier les tirs de ces pièces les 12 et 13 août pendant que d’autres forts sont bombardés par l’artillerie « classique ». Le 15, c’est le tour du fort de Loncin qui contrôle la route et la voie de chemin de fer en direction de Bruxelles et dont les canons de trop faible portée ne peuvent riposter. À 17h20, le 25e projectile tiré par les Grosses Bertha perce le béton à l’endroit de la poudrière gauche du fort, provoque l’explosion de la poudre entreposée, dévastant la fortification et ensevelissant une partie de la garnison. Hollogne, le dernier fort, se rend le matin du 16 août

Si les combats autour des forts de Liège n’auront qu’un impact limité sur le plan stratégique, en revanche leur résistance jouera un rôle important dans l’opinion publique. En Belgique comme à l’étranger, la « vaillante Belgique » fait figure de David tenant tête à Goliath. La ville de Liège reçoit la légion d’honneur dès le 7 août. Le rôle de David que commence à assumer la Belgique se double bientôt de celui du pays martyr, victime de la barbarie des Allemands. D’ores et déjà, les contours de la Brave Little Belgium se dessinent dans l’opinion mondiale.
Plus anecdotique, les cafetiers parisiens habitués à servir le café viennois – ce dessert froid à base de café sucré, de crème glacée au café et de chantilly- décident de rebaptiser la préparation « café liégeois » en hommage à la résistance de la ville et de ses forts !

Monument aux défenseurs de Namur (Cimetière militaire belge de Champion)

Le 20 août, l’armée allemande entreprend de réduire la position fortifiée de Namur placée sous le commandement du Lieutenant-Général Michel. Instruits par leur expérience liégeoise, les Allemands utilisent d’emblée leur artillerie lourde pour écraser les défenses belges. Les bombardements commencent le 21 et causent rapidement de gros dégâts aux forts, notamment à Marchovelette où un obus met hors de combat les deux tiers de la garnison le 23, tandis que la ligne de front est rompue le même jour par les attaques allemandes, ce qui entraîne la retraite des troupes belges. Le dernier fort tombe le 25 août.

 

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