Télécharger la brochure
|

Les archives de l'Etat à Louvain-la-Neuve

Les archives de l’Etat à Louvain- la- Neuve

Une contestation civile forte : le Comité national de Secours et d’Alimentation

Le problème du ravitaillement de la population belge se pose dès l’amorce du premier conflit mondial, et ce parce que le pays dépend largement de l’importation de céréales. L’occupant ne prend pas en charge l’approvisionnement en nourriture et le gouvernement belge en exil n’a pas les moyens de venir en aide aux civils. C’est d’initiatives privées et locales que devra venir le secours à la population. Dès le mois d’août 1914, à Bruxelles, des industriels, tels Ernest Solvay, Émile Francqui, Dannie Heineman ou Herbert Hoover, vite rejoints par des politiques comme Charles Janssen, mettent au service de tous leurs moyens financiers, leur carnet d’adresses et leur ingéniosité. Un Comité national de Secours et d’Alimentation (CNSA) est rapidement mis sur pied et s’étend progressivement à tout le pays. Il s’appuie sur les structures communales : un comité central dans la capitale, soutenu par des comités provinciaux –un dans chaque chef-lieu de province et un pour Bruxelles–, chapeaute un réseau de comité régionaux et locaux –un par commune.

Les besoins immédiats de la population sont d’abord d’ordre alimentaire. Il faut trouver les denrées, obtenir les autorisations pour les acheminer jusqu’en Belgique, puis s’assurer qu’elles ne soient pas saisies par l’occupant. Mais le rôle des comités ne s’arrête pas là, tout vient à manquer et il faut également veiller à fournir des vêtements ou du combustible. L’organisme, qui fonctionne grâce à la bonne volonté de milliers de bénévoles, n’est pas uniquement caritatif. Son département Alimentation se charge de vendre les marchandises importées –qu’il s’agisse de nourriture ou d’autres produits–, tandis que son département Secours vient en aide aux plus nécessiteux en leur apportant gratuitement aide d’urgence et médicale, nourriture, ouvroirs ou encore initiatives en faveur des enfants ou des évacués belges et français.

Il est aujourd’hui possible d’étudier de l’intérieur le travail de ces comités, grâce à leurs archives transférées, dès la suppression de l’organisme en 1920, aux Archives de l’État. Il ne s’agit pas simplement de micro-histoire, puisque le CNSA se positionne comme l’un des principaux acteurs civils durant le conflit, mais aussi durant la reconstruction d’après-guerre. Il n’est pas qu’un acteur local, puisque la nature des missions qu’il s’octroie et l’identité de ses gestionnaires lui donnent un ancrage international fort, tant sur le plan politique qu’économique. Il ne s’agit pas non plus uniquement d’un organisme d’approvisionnement, mais également d’une contestation civile, d’une résistance symbolique à l’ennemi.


État des lieux documentaire

Depuis quelques années, les fonds d’archives des différents comités sont progressivement ouverts à la recherche, et il faut bien dire que leur état de conservation est très contrasté. Les archives du Comité national sont extrêmement riches : pas moins de 170 mètres linéaires de documents ! Elles permettent entre autres d’éclairer les rapports qu’entretenait le CNSA avec les autorités allemandes mais aussi avec les responsables politiques belges. Y transparaissent le fonctionnement et la ligne de conduite de l’organisme, tout comme les difficultés quotidiennes rencontrées par la population belge. Les Archives générales du Royaume conservent également les archives du Bureau bruxellois de la Commission for relief in Belgium, dite plus tard le Comité hispano-néerlandais, dont la principale mission était d’approvisionner le CNSA et qui était, à l’inverse de ce dernier, basé à l’étranger et composé de personnes issues d’états neutres.

Les fonds d’archives des comités provinciaux sont inévitablement plus modestes, notamment du fait de l’ampleur plus restreinte de leurs missions. Pointons celui de l’ancienne province du Brabant conservé aux Archives générales du Royaume, pour lequel on dispose d’un inventaire détaillé, celui de la province de Hainaut, récemment inventorié et conservé aux Archives de l’État à Mons, ou encore celui, très volumineux, de la province de Luxembourg, qui est conservé aux Archives de l’État à Saint-Hubert et pour lequel il existe un relevé provisoire. Les opportunités de recherches qu’offrent ces fonds sont nombreuses, peut-être avant tout en ce qui concerne le département Secours et ses missions caritatives de plus en plus variées, au fur et à mesure que le conflit s’inscrit dans la durée. Ces documents permettent également d’étudier le fonctionnement de l’organisme et la question du contrôle des comités locaux.

À l’échelon local, la situation est plus contrastée. D’abord parce que certains comités locaux n’ont pas respecté les directives les enjoignant de verser leurs documents aux Archives de l’État. La plupart de ces ensembles documentaires est aujourd’hui perdu. Ensuite parce que, il faut bien le dire, les fonds n’ont pas toujours bénéficié de beaucoup d’attentions ; des choix de conservation assez radicaux ont même parfois été posés, en raison d’un manque criant d’espace de stockage. On conserve par exemple une magnifique collection de fonds aux Archives de l’État à Liège, dores et déjà mise à la disposition du chercheur. Mais il n’en va pas de même pour l’ancienne province de Brabant pour laquelle les archives des comités locaux ont été volontairement détruites dans les années 60 après avoir été inventoriées. Les archivistes procèdent aujourd’hui à un travail de reconstitution de ces fonds. En Brabant wallon, plusieurs mètres de documents oubliés ou mal rangés ont ainsi été retrouvés ces dernières années, puis inventoriés et mis à la disposition des chercheurs. Tandis que pour la province de Namur, une cinquantaine de mètres linéaires d’archives provenant des comités locaux a tout récemment été redécouverte.