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8-13 mars 1917: révolution russe de février

La Première Guerre mondiale plaça la Russie dans une situation économique difficile. Pendant les premiers mois de la guerre, les troupes russes connurent pourtant des succès rapides. Cependant, la situation se modifia rapidement. La Russie se révéla incapable de soutenir un effort de guerre moderne à cause de son industrie insuffisante et de ses transports lacunaires. Durant l'hiver 1915-1916, le front se stabilisa, tandis qu'à l'arrière, les villes étaient mal ravitaillées et la révolte grondait. De fait, les grèves se multipliaient dans les usines et les affrontements avec la police devenaient de plus en plus fréquents. En 1916, les lois de mobilisation provoquèrent une révolte de taille au Kazakhstan. Partout, les conditions de vie se dégradèrent. En outre, la faiblesse du gouvernement et l'impopularité du Tsar Nicolas II contribuèrent également à l'ampleur des révoltes de février 1917.

Durant cette période, plusieurs facteurs vinrent mettre le feu aux poudres : un hiver particulièrement froid, une pénurie alimentaire, une certaine lassitude face à la guerre, etc. La révolte qui éclata du 8 au 13 mars 1917 fut donc aussi spontanée qu’improvisée. Les tensions qui s'étaient accumulées se transformèrent en une insurrection dont l'épicentre fut Petrograd, la capitale tsariste.

L’issue de cette révolution est rapide à cause de l’abandon général des « tenants » du régime et de l’attitude de Nicolas II qui abdique en mars en faveur de son frère qui refuse. Deux pouvoirs s’installent : le comité exécutif provisoire de la Douma composée de libéraux et de démocrates, et le Soviet des ouvriers et des soldats composé de mencheviks et de socialistes -révolutionnaires (qui encourage la multiplication des soviets locaux, subordonne l’armée au Soviet, assigne le Tsar à résidence, amnistie tous les déportés politiques).

Un gouvernement provisoire est constitué sous la présidence d’un aristocrate libéral, le prince Lvov, après des négociations entre le Comité exécutif de la Douma et le Soviet de Petrograd. Ce dernier où les mencheviks ont la majorité, refuse d’exercer le pouvoir car la révolution bourgeoise doit précéder la révolution prolétarienne.

Ce gouvernement provisoire, chargé d’implanter les libertés politiques et de convoquer une assemblée constituante, est tout de suite dépassé par les événements. En fait, il est sans autorité, dépourvu d’appuis, sans homme préparés à gouverner dans une situation aussi exceptionnelle. Tandis qu’il adopte quelques timides réformes libérales, il refuse la paix immédiate et le partage des terres. Mais les soviets locaux y procèdent spontanément. En outre, la poursuite de la guerre pose un problème insoluble au gouvernement car le peuple veut la paix et le gouvernement provisoire n’est pas en mesure d’imposer au peuple un supplément d’effort.

Lénine exilé en Suisse et les dirigeants bolcheviks rentrent en Russie via l’Allemagne. Il publie ses « thèses d’avril » dans la Pravda où il préconise une « paix vraiment démocratique » c’est-à-dire immédiate, le rejet de toute forme de démocratie bourgeoise, le partage des terres, la constitution d’une « république des soviets » en rupture totale avec la position des démocrates de février. Si les bolcheviks restent très minoritaires, ils font toutefois de rapides progrès.

En avril, le gouvernement Lvov s’ouvre aux mencheviks et aux socialistes révolutionnaires, mais ne change pas radicalement de politique. Le mécontentement monte. Des manifestations sont brutalement réprimées et les bolcheviks expulsés.

En juin, Kerenski, socialiste modéré, prend la tête d’un cabinet formé surtout de socialistes modérés comme lui. La situation économique s’aggrave. Il doit aussi faire face à un putsch contre-révolutionnaire, pendant que les bolchéviques se développent et s’infiltrent partout. Kerenski souhaite l’élection d’une assemblée constituante, mais il est pris de court par Lénine qui, depuis la Finlande, prépare l’insurrection.