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24 octobre 1916: ouverture de l'université flamande à Gand

Dès 1915, une minorité de flamingants issus de milieux apolitiques, les activistes, choisissent de collaborer à la Flamenpolitik menée par l’Occupant pour obtenir ce que l’État belge leur avait jusqu’alors refusé : l’application stricte des lois linguistiques, une université flamande à Gand, puis la séparation administrative du pays.

Pour l’Occupant, il s’agit de diviser pour mieux régner. Le général-gouverneur von Bissing annonce le 31 décembre 1915 qu’un crédit est prévu, dans le budget 1916, pour la réouverture de l’université de Gand. Le néerlandais en serait la langue usuelle. L’ouverture a lieu le 24 octobre 1916. Henri Pirenne et Paul Frédéricq, deux professeurs de l’université, refusent d’y participer et sont déportés en Allemagne. Le 21 mars 1917, les activistes obtiennent de l’Occupant la séparation administrative du pays, avec Bruxelles comme capitale de la Flandre (où siège le Raad van Vlaanderen) et Namur pour la Wallonie (où s’installent les Ministères wallons).

Si les activistes flamands, dont Auguste Borms est la figure de proue, sont bien appuyés par l’occupant, ils savent toutefois que l’opinion publique flamande ne les suit pas. Le problème est important pour qui prétend représenter le « peuple flamand » et ses aspirations profondes. Ils vont donc, avec le soutien de l’Occupant, intensifier leur propagande, tenter d’infiltrer l’enseignement et chercher à légitimer les conseils provinciaux par des élections (qui finalement se feront par acclamations !). Le 20 janvier 1918, le Raad van Vlaanderen proclame unilatéralement l’indépendance de la Flandre.

Mais, c’est avec l’échec des élections du Raad, le 3 février 1918, que les dérives anti-démocratiques et les tentations autoritaires triomphent. En effet, ces élections, décidées par les Allemands pour légitimer le Raad aux yeux de l’opinion publique internationale et surtout allemande, vont être un échec retentissant pour l’ensemble des activistes. Dès le 31 janvier 1918, une lettre de dénonciation à l’encontre du Raad avait été adressée à la cour d’Appel de Bruxelles. La missive était signée par un groupe de députés et sénateurs restés en pays occupé. Réunie en assemblée générale le 7 février, la cour d’Appel décide de « faire rechercher et poursuivre, co-auteurs et complices des faits dénoncés ». Pieter Tack et Auguste Borms, les deux chefs activistes, sont arrêtés le 8 février, mais immédiatement relâchés par les Allemands. Le lendemain, l’occupant fait arrêter le premier président de la cour d’Appel et trois présidents de Chambre. L’un d’eux est finalement relaxé pour cause de santé, tandis que les trois autres personnes appréhendées sont déportées et emprisonnées en Allemagne. En outre, les membres de la cour d’Appel de Bruxelles sont priés de mettre fin à l’exercice de leurs fonctions. Le 11 février, en guise de protestation, la cour de Cassation décide de suspendre ses audiences. L’une après l’autre, les différentes juridictions du pays suivent l’exemple. Finalement, le 26 mars 1918, le Gouverneur général substitue officiellement les tribunaux allemands aux tribunaux belges.

De leur côté, après cette gifle, les activistes commencent à rêver d’hommes forts, de groupes armés et de régime autoritaire. Mais les derniers mois de la guerre, les activistes ne peuvent plus compter sur l’occupant, ils n’obtiennent aucune garantie quant à leur avenir et le Raad est hors- jeu. À l’Armistice, beaucoup fuient en Allemagne, pendant que les populations s’en prennent à leur maison et brisent quelques carreaux. Les activistes seront condamnés par la justice belge. Auguste Borms, par exemple, est condamné à mort, mais sa peine n’est pas exécutée. Il restera dix ans en prison.