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Juillet 1916: création de "La Dame Blanche" par Walthère Dewé

En juin 1916, Walthère Dewé, un ingénieur civil travaillant à la RTT, réunit à Liège quelques amis, en mémoire de son cousin Dieudonné Lambrecht fusillé le 18 avril de cette année. Parmi ces amis on trouve son cher ami Herman Chauvin (ingénieur aussi, flegmatique), le père Desonay (qui faisait partie du réseau Lambrecht et assure donc la transition entre les deux réseaux) et enfin le commissaire Neujean chef de la police de Liège (qui sera bien utile lorsqu’il s’agira de déjouer les menées de la police allemande).

Les fondateurs ont chacun accès à un large réseau relationnel qui touche le monde des ingénieurs, le monde universitaire, le monde ecclésiastique, l’aristocratie, etc. Dès juillet 1916, ils décident de créer un réseau de renseignements pour que la mort de Lambrecht ne soit pas vaine. Mais il leur faudra plusieurs mois pour mettre en place le réseau, trouver le contact avec les Alliés à la fois pour leur donner les renseignements et pour recevoir les fonds nécessaires au fonctionnement du réseau (le banquier belge Nagelmaekers offrit une première mise de fonds).

Au départ ils souhaitaient travailler pour le GQG belge, mais ils n’arriveront pas à nouer de contact sérieux avec ce lui-ci, ils noueront un premier contact avec le GQG britannique, mais ces contacts sont peu satisfaisants. C’est en juillet 1917, qu’ils passent alors au service du War Office qui les prend nettement plus au sérieux. Dewé enverra au roi Albert une lettre pour expliquer pourquoi son réseau, finalement, travaille avec le War Office. A partir de ce moment-là, le réseau peut s’étendre jusqu’en France. Il fonctionnera jusqu’à la fin de la guerre.

« La Dame Blanche » est le plus grand réseau clandestin de renseignements de la Première Guerre mondiale : il compte près de 1000 agents sur 7000 au total. En 1917, il forme une véritable toile d’araignée qui couvre l’ensemble des territoires occupés, aussi bien belges que français. Ce réseau, d’obédience catholique (les agents doivent prêter un serment qui fait référence à Dieu), est caractérisé par un cloisonnement stricte qui en fera la sécurité. Il est hiérarchisé et militarisé : en effet, les agents clandestins se perçoivent comme des « soldats de l’intérieur ». Les renseignements mettent moins de 72h pour être transmis, ce qui est très rapide par rapport aux autres réseaux. Ce réseau est également le plus féminisé de tous : il compte un tiers de femmes (contre un quart en moyenne) dont certaines à des postes de responsabilités. Bref, la Dame Blanche est à la fois un réseau hors du commun et représentatif du monde clandestin qui se développe durant la Grande Guerre.

D’où vient ce nom de Dame Blanche ? En fait, ce gigantesque réseau portera plusieurs noms : Michelin, Corps d’Observation anglais, Dame Blanche des Hohenzollern. Ce dernier nom sera celui que le public retiendra, il fait référence à une vieille légende du 17e siècle, selon laquelle le fantôme d’une dame blanche apparaissait au château de Potsdam pour annoncer la mort d’un membre de la dynastie des Hohenzollern. Ce nom est donc ironique. Il est vrai que les fondateurs de la Dame Blanche ne manquaient pas d’humour.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Walthère Dewé reprendra du service et fondera le réseau Cleveland-Clarence. Mais cette fois, il n’en réchappera pas : il est abattu en pleine rue à Bruxelles, en janvier 1944…