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12 octobre 1915: Edith Cavell et Philippe Baucq, fusillés au Tir national de Bruxelles

En août 1914, lorsque la neutralité belge est violée par les troupes du Kaiser et que le pays bascule dans la guerre, Edith Cavell décide de rester dans son pays d’adoption et d’en partager le sort. Cette infirmière, née en 1865 à Swardeston en Angleterre, travaille en Belgique depuis 1906. Dès le début de la guerre, elle accepte de soigner les blessés alliés et les aide à passer la frontière hollandaise pour rejoindre les leurs. En fait, elle n’est que l’un des maillons d’un vaste réseau initié par une institutrice lilloise, Mademoiselle Thuilliez, qui compte des dizaines de membres répartis sur l’ensemble des territoires occupés du Nord de la France et de la Belgique. En août 1915, soupçonnée de trahison par l’occupant, elle est arrêtée avec trente-cinq de ses complices. Lors des interrogatoires, elle confesse ses activités clandestines, non pour sauver sa vie mais par honnêteté. Or, les Allemands n’avaient pas suffisamment d’éléments à charge pour pouvoir l’envoyer devant le peloton d’exécution, et ce sont ses propres aveux devant la Cour militaire qui entraînent sa condamnation à mort, ainsi que celle de l’architecte schaerbeekois, Philippe Baucq, l’un de ses complices.

Durant la guerre, on passa généralement cet aspect sous silence, à moins qu’on ne le justifie par les qualités féminines d’Édith Cavell : cette véritable « sainte laïque », dont la vie entière n’était que dévouement et souci d’autrui, était incapable de mensonge. De même, les récits de son exécution insistent moins sur le courage – pourtant réel – de Miss Cavell que sur la cruauté de ses bourreaux. Ainsi, dès 1916, la version la plus répandue met en scène une jeune femme épouvantée par l’horreur des exécutions auxquelles elle doit assister et qui s’évanouit au moment où l’officier allemand donne l’ordre de tirer sur elle : il l’achève alors d’un coup de revolver. Or, Edith Cavell n’est ni jeune ni fragile. C’est une femme de cinquante ans, austère, généreuse et digne. Mais, à nouveau, ce sont des qualités proprement féminines - sensibilité, émotivité, etc. - qui sont mises en avant ; ce qui rend l’ennemi d’autant plus diabolique.
Il est vrai que la mort de miss Cavell a été présentée au monde entier comme une « preuve » de la culpabilité ontologique de l’ennemi. En outre, sa double appartenance belgo-britannique en faisait le symbole à la fois de la position morale de la Grande-Bretagne dans cette guerre et du martyre belge lui-même. L’Allemagne d’ailleurs se sent obligée de se justifier. Albert Zimmerman, sous-secrétaire au ministère des Affaires étrangères, publie un article dans les journaux américains légitimant la décision de la Cour militaire allemande de Bruxelles. Toutefois les justifications allemandes ne suffisent pas aux yeux des opinions publiques américaines et alliées. En Belgique occupée, l’émotion n’est pas moindre. Un garçon de café bruxellois, Louis Bril, décide même de venger la mort d’Edith Cavell en abattant en pleine rue Neels de Rhodes, le traître belge qui aurait livré l’infirmière à l’occupant. Bril est à son tour fusillé par les Allemands immédiatement après. En 1919, un autre traître français, Gaston Quien, comparaît devant la Cour militaire de Paris pour la même raison. Il est acquitté de justesse, son avocat ayant rappelé que l’homme qui avait livré Miss Cavell était déjà mort.

 

 

 

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