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Retour du roi et avancées socio-politiques

Défilé des troupes à Bruxelles, le 22 novembre 1918 (collection du Musée royal de l'Armée)

Suite à l’offensive victorieuse de septembre 1918, le roi, son armée et les troupes alliées entrent dans les villes libérées sous les ovations de la foule. On parlera des “ joyeuses entrées ”, dont l’apothéose sera la joyeuse entrée d’Albert Ier à Bruxelles, le 22 novembre 1918. Ces joyeuses entrées font partie d’une tradition pluriséculaire, reprise par la monarchie constitutionnelle belge à partir de 1831 et toujours en vigueur aujourd’hui. Dès son avènement en décembre 1909, le jeune roi Albert commence ses joyeuses entrées dans les différents chefs-lieux de province. La présence du roi suscite partout un univers particulier où la société, oubliant ses dissensions, s’exalte elle-même à travers la figure royale. En 1918, c’est bien cette même tradition que l’on retrouve, mais renouvelée, approfondie, chargée des quatre années de guerre. A la légèreté insouciante des joyeuses entrées se substitue désormais une joie plus grave.

Avant d’arriver à Bruxelles, le roi s’arrête le 11 novembre au château de Lophem, non loin de Bruges. Il reçoit une délégation du Comité National de Secours et d’Alimentation pour s’informer de la situation en Belgique occupée, ainsi que des représentants des partis catholique, libéral et socialiste. Le souverain apprend que des soldats allemands se sont révoltés contre leurs supérieurs et qu’un drapeau rouge flotte sur le Palais de la Nation. Une vague révolutionnaire se propage dangereusement à l’est. Bien que le risque de voir les Belges participer à une pareille révolution ne soit pas réel, la situation n’en demeure pas moins grave aux yeux des dirigeants du pays. Lors des discussions de Lophem, le roi et le monde politique s’accordent sur la nécessité immédiate d’octroyer le suffrage universel aux hommes de 21 ans, ainsi qu’aux veuves de guerre, sans passer par la procédure lente dictée par la Constitution. En effet, seul l’octroi rapide du droit de suffrage universel semble pouvoir aider la population à supporter les souffrances de la guerre et de la reconstruction. Le roi négocie donc la formation d’un gouvernement tripartite qui mettrait cette réforme à son programme et l’annonce dans son Discours du Trône, le 22 novembre 1918. L’année suivante, la loi est votée sans grande difficulté. Les élections de novembre 1919 diminuent le nombre de sièges catholiques et libéraux et donnent aux socialistes plus d’un tiers des sièges. Le changement attendu est important, que ce soit pour le corps électoral ou les nouveaux élus. Grâce à cela, la Belgique évite, au sortir de la guerre, les troubles sociaux qui éclatent chez la plupart de ses voisins.

Outre l’introduction du suffrage universel, plusieurs réformes sociales et fiscales vont transformer durablement la Belgique d’après-guerre. Sous l’impulsion du POB, un impôt sur le revenu est instauré en 1919. L’année suivante, l’assurance chômage est créée, suivie par la journée de 8 heures en 1921. Initiées par les socialises et les démocrates-chrétiens, portés au pouvoir par l’adoption du suffrage universel, les réformes transforment en profondeur le Royaume, sous la coupe des catholiques conservateurs de 1884 à 1914.
Autres structures importantes au sortir de la guerre, les œuvres d’assistance aux populations, qui ont sauvé la Belgique du désastre humanitaire, vont se perpétuer. C’est ainsi qu’en 1919, l’Œuvre Nationale pour l’Enfance, est créée. Héritière directe du comité national de secours et d’alimentation (CNSA), l’ONE poursuit son action d’aide en faveur des enfants défavorisés. Le gouvernement estime en effet nécessaire de maintenir cette structure d’aide mise en place durant le conflit.

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