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Une mémoire dédoublée

Monument aux morts de la commune de Raeren

A partir de 1925, les habitants des cantons de l’Est devinrent des citoyens à part entière qui pouvaient exercer leur droit de vote et s’exprimer librement.

C’est dans ce contexte tardif que la mémoire de la Grande Guerre va petit à petit s’exprimer : une mémoire plutôt pacifiste qui met l’accent sur la douleur du deuil et profondément ambiguë au plan identitaire. En effet, il était bien difficile d’exprimer et de commémorer la cause patriotique pour laquelle nombre de soldats de ces cantons étaient morts. Ainsi, le monument de Raeren où sont inscrits les noms d’une vingtaine de soldats morts dans les rangs de l’armée allemande est veillé par un mutilé de guerre portant une capote militaire indéfinissable... Tout l’entre-deux-guerres sera marqué par cette ambiguïté ou, si l’on veut, par ce dédoublement de la mémoire qui n’a certes pas facilité le processus de deuil dans cette région et qui suscita une crise de conscience identitaire qui divisa ces cantons entre pro-belges et pro-allemands. Une frange non négligeable de la population, particulièrement dans les cantons germanophones, espéra durant tout l’entre-deux-guerres un retour à la Mère-Patrie allemande. Les scores électoraux du Heimattreue Front qui visait au retour à l’Allemagne en témoignent : en 1939, il obtient 45,1% des suffrages contre 38,6% pour le Parti catholique, 4% pour le POB et 3,4% pour le Parti libéral.
 
Il faudra attendre la fin de la Seconde guerre mondiale et la défaite du nazisme pour que les cantons de l’Est intègrent complètement la Belgique.

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