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Répression des inciviques et glorification des héros

Dessin de James Thiriar (1923) sur les femmes tondues de novembre 1918

Les condamnations des activistes flamands s’inscrit dans le cadre plus large d’une répression de tous les « inciviques » belges. Le terme désigne ici l’ensemble des Belges ayant collaboré avec l’occupant, que ce soit au niveau économique, politique ou militaire. Ces « traîtres » sont d’abord victimes de la vindicte populaire dans les jours qui suivent la libération. Commerces saccagés, femmes rasées, ces violences traduisent les frustrations de quatre années d’occupation. Par la suite, l’appareil judiciare belge reprend les affaires en main et l’ordre est rétabli. Jusqu’en 1922, les différentes affaires se succèdent devant les tribunaux. La sévérité est de mise, sans que les jugements ne soient excessifs. Ainsi, les peines de mort ne sont pas appliquées. Par la suite, différentes lois d’amnistie sont prononcées, si bien que dix ans après son procès, le dernier activiste quitte la prison en 1929.

La répression des inciviques renvoie à la question des enjeux mémoriels d’après-guerre. Car une fois la guerre terminée, il est urgent de donner un sens à tous les sacrifies endurés. La glorification de soldats ou de fusillés, par exemple, permet ainsi de donner un sens à leur mort. A l’opposé de l’image de l’incivique, l’image du héros glorieux symbolise la Belgique résistant courageusement à l’envahisseur. Un véritable panthéon national est ainsi instauré, dominé par les figures du Roi-Chevalier et de la Reine-Infirmière, du général Jacques, du Cardinal Mercier, mais aussi de personnages populaires comme Gabrielle Petit et des frères Collard, qui ont consenti le sacrifice suprême pour leur Patrie. Les manuels scolaires et la littérature hagiographique de l’immédiat après-guerre foisonneront de récits exhaltant les héros nationaux. Des monuments aux morts s’élèveronnt également un peu partout dans le pays, témoins visibles du sacrifice enduré pour la Patrie.

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