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Les résistances

La statue de Gabrielle Petit à Bruxelles, par Egide Rombaux, inaugurée en 1923

Certains patriotes s’engagent, dès le début de l’occupation, dans la clandestinité. C’est d’ailleurs à la demande des états-majors alliés et belge que s’organisent, dès la fin 1914, les premiers réseaux de renseignements. En revanche, les réseaux de passeurs d’hommes sont issus de l’aide spontanée des citoyens belges et français aux soldats coupés de leurs lignes durant la guerre de mouvement. Ils se pérennisent pour alimenter le front en volontaires de guerre.

Autrement dit, l’engagement clandestin, avec sa volonté de nuire à l’ennemi au risque de la vie, apparaît dès le début de l’occupation et se poursuit jusqu’à l’Armistice. Au total, on compte quelque 7000 agents actifs au sein de près de 300 réseaux différents dont le plus important et le plus connu est celui de la « Dame Blanche ». La réplique de l’occupant ne se fait pas attendre : les premiers démantèlements de réseaux par le contre-espionnage allemand datent de l’automne 1915. Le 12 octobre de cette année, Edith Cavell et Philippe Baucq sont fusillés au Tir national de Bruxelles. Autant la mort de l’architecte belge est considérée comme le tribut de son engagement héroïque, autant celle de l’infirmière belgo-britannique suscite l’indignation internationale. Par la suite, d’ailleurs, l’occupant évite les exécutions de femmes : sur près de trois cents patriotes fusillés, onze seulement sont des femmes. Mais, c’est bien l’une d’entre elles qui incarnera dans les mémoires la résistance du peuple belge : Gabrielle Petit, criant « Vive la Belgique, vive le Roi ! » au moment d’être fusillée le 1er avril 1916, deviendra une véritable allégorie de la Belgique refusant l’occupation.

Cette résistance à l’occupant s’illustre également dans la publication de journaux clandestins, dont la célèbre Libre Belgique. La plupart des journaux belges, en effet, ont suspendu leur parution en août 1914, ne laissant que quelques journaux « embochés », comme La Belgique à Bruxelles ou L’Ami de l’Ordre à Namur. Ces journaux clandestins s’opposent donc à ces feuilles déprimantes en assurant les Belges de la victoire finale et en soutenant leur élan patriotique. Car la lassitude et le défaitisme menacent de plus en plus une population opprimée et affaiblie. À partir de 1916, en tout cas, les civils commencent à vouloir oublier les rigueurs de l’occupation ne fut-ce que le temps d’un spectacle ou d’une bière. Résultat, les cafés rouvrent leurs portes, ainsi que des théâtres : ils auront même un succès important en 1916-1917, au grand dam des ultra-patriotes.

Les déportations de main-d’œuvre ouvrière, qui commencent à l’automne 1916 et suscitent immédiatement des protestations internationales, vont en fait aggraver les clivages sociaux et fissurer la façade patriotique. Au total, près de 120 000 Belges subirent ce sort, 2 600 d’entre eux mourant en déportation. Par la suite, les ouvriers les plus démunis, par nécessité bien souvent, s’engagent comme « volontaires ». Or, ces derniers seront immédiatement condamnés par les « bons patriotes » bourgeois.

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